Mille et une chansons

 

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Dimanche 20 mai 2007

AuRevoirSimone.jpgUne fois n’est pas coutume, je me permets de glisser un morceau très récent sur ce blog : Sad Song d’Au Revoir Simone. Parce que depuis que je l’ai découvert le mois dernier, je n’arrête pas d’écouter leur disque. Et parce que plus je l’écoute, plus je me dis qu’il a quelque chose de très original, voire d’unique.


Au départ quand j’ai entendu le nom du groupe, je craignais un nouveau clin d’œil new-yorkais aux chanteuses yéyés, à la façon d’April March, dont l’album – amusant au demeurant – m’avait paru pour le moins anecdotique. En fait, je me plantais complètement ! Trio électronique et minimaliste, Au Revoir Simone lorgne plus du côté de Kraftwerk, Pascal Comelade ou les Young Marble Giants, que vers France Gall ou Françoise Hardy. Et si leur pop a quelque chose de désuet (avec notamment quelques hymnes hippies anachroniques), toute tentation rétrograde est immédiatement contrecarrée par un réel goût de l’expérimentation et du détournement, qui explique sans doute pourquoi David Lynch s’est entiché de ces demoiselles.

Sad Song me rappelle les grandes heures de Prefab Sprout, en particulier des chansons comme Appetite, que j’ai déjà commentée ici. Avec sa mélodie et ses arrangements guillerets, presque, elle a quelque chose de dérisoire, semble jeter un regard ironique vers les années 80 et leur passion du tout synthétique. Pourtant le fond reste triste et vaguement bizarre, créant un de ces petits paradoxes qui me séduisent bien.

Suis-je tombé dans la hype ? Ou ai-je découvert un de ces faux groupes mineurs que j’aurais encore du plaisir à écouter dans dix ans ?

 



Les Paroles
:

 


Play me a sad song because
That's what I want to hear
I want you to make me cry
I want to remember the places that we left
Lost to the mists of time

I know that you'll go soon
You'll find out so take me with you always

On buses that move through the night
We sleep on and on
We got off at Memphis, black-top heat will make us thirsty
We'll never get sick anymore

 

(Au Revoir Simone, The Bird Of Music, 2007, Moshi Moshi)


 

Le Clip :


Au Revoir Simone - Sad Song
Vidéo envoyée par v2music
Au Revoir Simone sur scène :

Vendredi 11 mai 2007

Puisqu’il n’y a pas non plus de raison de se laisser abattre, reprenons ce blog avec un peu de punk ! Les Damned sont à mon avis très injustement sous-estimés. Membres fondateurs de la new wave anglaise, ils sortirent en 1976 un 45 tours d’une extrême brutalité, New Rose, que l’on cite parfois comme le départ du mouvement. L’année suivante, ils firent également partie de la tournée Anarchy, aux côtés des Clash et des Sex Pistols. Mais leur destin diffère de ces deux derniers.


Au lieu de se saborder comme les Pistols ou d’opter pour un rock militant comme les Clash, les Damned ont en effet choisi de retomber dans une espèce d’éternelle adolescence du rock, en retrouvant l’état d’esprit des groupes garage et psychédéliques des années 60. Aux guitares saturées et à l’esprit rebelle du punk, ils ont donc ajouté un sérieux grain de folie, à grands coups de costumes délirants, de titres comme Torture Me ou History Of The World Part 2 et de morceaux à rallonge.

 

Curtain Call, issu de leur Black Album à eux, est certainement ma favorite, un objet inclassable situé quelque part entre Genesis et les Wampas ! A la première écoute, ces dix minutes peuvent paraître assemblées en dépit du bon sens, mais justement, il est parfois bon de se méfier du bon sens, en musique comme en politique…

 

Les Paroles :

 

Can you taste the grit
Between your teeth
The heat of the lights
The crack of the whip
The snapping sound
Of someone's nerves
You finally get
What you deserve

We’re coming up from the deep
The lizard sheds it's skin
Night obliterates the day
And all the fun begins
Shadow boxing with yourself
Just seems to get you nowhere
You don't want to cheat
When playing solitare

Three faces come alive
Try and focus and be one
Never let it be said that
The jester comes undone
A wreckless gambling pace
With time enough to borrow
Time enough to measure
All of our tomorrows

Curtain call and light go dim
Tragedy, love all lie within
Each player takes his chance to play
And lives to fight another day

What boundaries to cross
What chances for the taking
Stepping in the angels wake
Not to be forsaken

No more will I roam
Our childish dreams are soon outgrown
But here we stand
In our own theatre land
Curtain call
About to fall

 

(Gray/Vanian/Rat Scabies/Captain Sensible, The Black Album, 1980, Chiswick)

 

Les Damned sur scène :

 

Dimanche 6 mai 2007


Sans commentaire...








Les Paroles :


Ils s'embrassent au mois de Janvier
Car une nouvelle année commence
Mais depuis des éternités
L'a pas tell'ment changé la France
Passent les jours et les semaines,
Y a qu'le décor qui évolue,
La mentalité est la même
Tous des tocards tous des faux culs

Ils sont pas lourds, en février
A se souvenir de Charonne
Des matraqueurs assermentés
Qui fignolèrent leur besogne,
La France est un pays de flics,
A tous les coins d'rue y'en a 100,
Pour faire règner l'ordre public
Ils assassinent impunément.

Quand on exécute au mois d'mars,
De l'autre côté des Pyrénées,
Un arnachiste du Pays basque,
Pour lui apprendre à s'révolter,
Ils crient, ils pleurent et ils s'indignent
De cette immonde mise à mort,
Mais ils oublient qu'la guillotine
Chez nous aussi fonctionne encore.

Etre né sous l'signe de l'hexagone,
C'est pas c'qu'on fait d'mieux en c'moment,
Et le roi des cons, sur son trône,
J'parierai pas qu'il est allemand.

On leur a dit, au mois d'avril,
A la télé, dans les journaux,
De pas se découvrir d'un fil,
Que l'printemps c'était pour bientôt,
Les vieux principes du seizième siècle,
Et les vieilles traditions débiles,
Ils les appliquent tous à la lettre,
Y m'font pitié ces imbéciles.

Ils se souviennent, au mois de mai,
D'un sang qui coula rouge et noir,
D'une révolution manquée
Qui faillit renverser l'Histoire,
J'me souviens surtout d'ces moutons,
Effrayés par la Liberté,
S'en allant voter par millions
Pour l'ordre et la sécurité.

Ils commémorent au mois de juin
Le débarquement d'Normandie,
Ils pensent au brave soldat ricain
Qu'est v'nu se faire tuer loin d'chez lui,
Ils oublient qu'à l'abri des bombes,
Les Francais criaient "Vive Pétain",
Qu'ils étaient bien planqués à Londres,
Qu'y avait pas beaucoup d'Jean Moulin.

Etre né sous l'signe de l'hexagone,
C'est pas la gloire, en vérité,
Et le roi des cons, sur son trône,
Me dites pas qu'il est portugais.

Ils font la fête au mois d'juillet,
En souvenir d'une révolution,
Qui n'a jamais éliminé
La misère et l'exploitation,
Ils s'abreuvent de bals populaires,
D'feux d'artifice et de flonflons,
Ils pensent oublier dans la bière
Qu'ils sont gourvernés comme des pions.

Au mois d'août c'est la liberté,
Après une longue année d'usine,
Ils crient : "Vive les congés payés",
Ils oublient un peu la machine,
En Espagne, en Grèce ou en France,
Ils vont polluer toutes les plages,
Et par leur unique présence,
Abîmer tous les paysages.

Lorsqu'en septembre on assassine,
Un peuple et une liberté,
Au cœur de l'Amérique latine,
Ils sont pas nombreux à gueuler,
Un ambassadeur se ramène,
Bras ouverts il est accueilli,
Le fascisme c'est la gangrène
A Santiago comme à Paris.

Etre né sous l'signe de l'hexagone,
C'est vraiment pas une sinécure,
Et le roi des cons, sur son trône,
Il est français, ça j'en suis sûr.

Finies les vendanges en octobre,
Le raisin fermente en tonneaux,
Ils sont très fiers de leurs vignobles,
Leurs "Côtes-du-Rhône" et leurs "Bordeaux",
Ils exportent le sang de la terre
Un peu partout à l'étranger,
Leur pinard et leur camenbert
C'est leur seule gloire à ces tarrés.

En Novembre, au salon d'l'auto,
Ils vont admirer par milliers
Le dernier modèle de chez Peugeot,
Qu'ils pourront jamais se payer,
La bagnole, la télé, l'tiercé,
C'est l'opium du peuple de France,
Lui supprimer c'est le tuer,
C'est une drogue à accoutumance.

En décembre c'est l'apothéose,
La grande bouffe et les p'tits cadeaux,
Ils sont toujours aussi moroses,
Mais y a d'la joie dans les ghettos,
La Terre peut s'arrêter d'tourner,
Ils rat'ront pas leur réveillon;
Moi j'voudrais tous les voir crever,
Etouffés de dinde aux marrons.

Etre né sous l'signe de l'hexagone,
On peut pas dire qu'ca soit bandant
Si l'roi des cons perdait son trône,
Y aurait 50 millions de prétendants.



(Séchan, Amoureux de Paname, 1975, Polydor)



Renaud sur scène :



renaud - hexagone
Vidéo envoyée par bisonravi1987
Mercredi 2 mai 2007
Je suis un peu débordé en ce moment et j'ai donc un peu de mal à écrire de nouveaux articles. En revanche, j'ai découvert que la nouvelle version d'Over Blog autorisait les liens YouTube, ce qui m'a permis d'intégrer bon nombre de vidéos qui n'étaient pas disponibles sur DailyMotion. Pour des raisons techniques, elles ont un peu tendance à faire sauter la mise en page, mais le jeu en vaut souvent la chandelle! Si vous voulez y jeter un oeil, elles sont disponibles sur les posts consacrés à  Dominique A, The Adverts, Leonard Cohen, Genesis, George Harrison, The Nits, Pink Floyd, Primal Scream, Bruce Springsteen, Scott Walker et Yes.

PS : Je profite de l'occase pour vous dire que je jouerai avec WZ le lundi 7 au Klub, 14 rue Saint-Denis, métro Châtelet, à partir de 22h. Il y aura aussi Anna Kruz et Tsowa. Une bonne occase pour fêter ou oublier je ne sais trop quoi...

Mardi 1 mai 2007

J’ai beaucoup de souvenirs, bons ou mauvais, concernant Bob Marley. Si War, pour des raisons que j’évoquerais une autre fois, est associée à mon enfance, Buffalo Soldier me rappelle une expérience que j’ai vécue en Egypte. J’étais en vacances avec mon père, dans une de ces croisières qui vont de Louxor à Assouan. Entre les visites, forcément magiques, des monuments anciens, en tête desquelles je place les tombeaux de la Vallée des Rois, extraordinairement conservés, et la découverte douce-amère du pays et de ses réalités, il était prévu – et quasi obligatoire, pour ne pas vexer notre gentil guide – que nous participions à quelques diversions destinées aux touristes : ballade en calèche, authentique soirée orientale avec danse du ventre, conversations avec les touristes français sur les habitudes alimentaires des touristes allemands, etc.


C’est comme ça que je me suis retrouvé le cul sur un chameau, guidé par un chamelier qui devait avoir au maximum quatorze ans. Bien sûr, il n’allait pas à l’école, faisait ça pour gagner sa vie et était payé une misère. Il espérait qu’un jour une révolution remettrait les choses en place et Bob Marley était pour lui un porte-parole, la voix de ce Tiers-Monde auquel la plupart des gens ne font même plus semblant de s’intéresser. Je n’oublierai jamais notre conversation. Grâce à elle, j’ai mieux compris pourquoi il y a tant de graffitis à l’effigie de Marley sur les murs d’Egypte, comme sans doute, de la plupart des pays d’Afrique, d’Amérique Latine et d’Asie. En revanche, être d’accord avec le chamelier ne m’a pas appris quoi faire et bien des fois, en parlant de redistribution mondiale des richesses, je me suis revu assis sur son chameau, en train d’acquiescer passivement devant sa colère.


Après cet épisode, j’ai redécouvert Buffalo Soldier qui, comme souvent chez Marley, déploie un message revendicatif sur une mélodie légère et imparable. Elle fait allusion à des régiments de l’armée américaine entièrement constitués de Noirs, qui apparurent lors de la Guerre de Sécession et furent actifs jusqu’à celle de Corée. Les Buffalo Soldiers, fils ou petits-fils d’esclaves directement achetés en Afrique, furent notamment actifs au cours des guerres indiennes de la fin du 19ème siècle. C’était hier : le dernier Buffalo Soldier, selon Wikipedia, est mort en 2005. Et pourtant, comme le souligne Marley, les gens ont tendance à oublier comment s’est faite l’Amérique.


Ce morceau est resté inédit jusqu’en 1983, année où Rita Marley l’a enfin inclus dans l’album posthume Confrontation. Allez savoir ce qu’il faisait au fond d’un tiroir…


Les Paroles :


Buffalo Soldier, Dreadlock Rasta:
There was a Buffalo Soldier in the heart of America,
Stolen from Africa, brought to America,
Fighting on arrival, fighting for survival.


I mean it, when I analyze the stench -
To me it makes a lot of sense:
How the Dreadlock Rasta was the Buffalo Soldier,
And he was taken from Africa, brought to America,
Fighting on arrival, fighting for survival.


Said he was a Buffalo Soldier, Dreadlock Rasta -
Buffalo Soldier in the heart of America.


If you know your history,
Then you would know where you coming from,
Then you wouldn't have to ask me,
Who the 'eck do I think I am.


I'm just a Buffalo Soldier in the heart of America,
Stolen from Africa, brought to America,
Said he was fighting on arrival, fighting for survival;
Said he was a Buffalo Soldier win the war for America.


Dreadie, woy yoy yoy, woy yoy-yoy yoy,
Woy yoy yoy yoy, yoy yoy-yoy yoy!
Woy yoy yoy, woy yoy-yoy yoy,
Woy yoy yoy yoy, yoy yoy-yoy yoy!


Buffalo Soldier troddin' through the land, wo-ho-ooh!
Said he wanna ran, then you wanna hand,
Troddin' through the land, yea-hea, yea-ea.


Said he was a Buffalo Soldier win the war for America;
Buffalo Soldier, Dreadlock Rasta,
Fighting on arrival, fighting for survival;
Driven from the mainland to the heart of the Caribbean.


Singing, woy yoy yoy, woy yoy-yoy yoy,
Woy yoy yoy yoy, yoy yoy-yoy yoy!
Woy yoy yoy, woy yoy-yoy yoy,
Woy yoy yoy yoy, yoy yoy-yoy yoy!


Troddin' through San Juan in the arms of America;
Troddin' through Jamaica, a Buffalo Soldier# -
Fighting on arrival, fighting for survival:
Buffalo Soldier, Dreadlock Rasta.


Woy yoy yoy, woy yoy-yoy yoy,
Woy yoy yoy yoy, yoy yoy-yoy yoy!
Woy yoy yoy, woy yoy-yoy yoy,
Woy yoy yoy yoy, yoy yoy-yoy yoy!


(Marley-Williams, Confrontation, 1983, Tuff Gong)



Le Clip :

Bob Marley - Buffalo Soldier
Vidéo envoyée par hushhush112
 
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