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Mercredi 8 décembre 2010 3 08 /12 /Déc /2010 18:10

radiohead-ok.jpg J'ai découvert OK Computer à sa sortie, au cours de vacances d'été en Corse. Je n'étais pas un grand fan de Pablo Honey et j'avais écouté The Bends d'une oreille trop discrète. Le choc n'en a été que plus violent ! Le souvenir de cette musique qui semblait sortie de nulle part, dans ce paysage magnifique que je découvrais pour la première fois, reste présent dans ma mémoire à chaque fois que j'écoute l'album.

 

Aujourd'hui encore, c'est le disque de Radiohead que j'écoute avec le plus de plaisir. Déjà très aventureux, il me semble plus cohérent et plus maîtrisé que ses successeurs. Le format pop est souvent mis en danger par la structure aventureuse des morceaux et par les sonorités électroniques volontairement disgracieuses. Mais il ne vacille pas. Le groupe ne perd jamais le fil et raccroche dès que nécessaire l'attention de l'auditeur, n'oubliant jamais de l'embarquer dans son trip.

 

Paranoid Android, l'un des singles les plus osés des années 90, me paraît le meilleur exemple de cet équilbrisme, avec sa décélération centrale, annonciatrice des moments les plus mélancoliques de l'album (Exit Music, No Surprises) et son accélération finale, faisant revenir et asseyant un thème rock qui serait, sans cela, passé inaperçu. Tour de force, il démontre tout ce dont le groupe est capable sans oublier de construire sa petite architecture névrosée, illustration d'un monologue intérieur de Thom Yorke faisant écho aux compromissions d'un monde robotique et déshumanisé.

 

Les paroles :

 

Please could you stop the noise, I'm trying to get some rest
From all the unborn chicken voices in my head
What's that...? (I may be paranoid, but not an android)
What's that...? (I may be paranoid, but not an android)

When I am king, you will be first against the wall
With your opinion which is of no consequence at all
What's that...? (I may be paranoid, but no android)
What's that...? (I may be paranoid, but no android)

Ambition makes you look pretty ugly
Kicking and squealing gucci little piggy
You don't remember
You don't remember
Why don't you remember my name?
Off with his head, man
Off with his head, man
Why don't you remember my name?
I guess he does....

Rain down, rain down
Come on rain down on me
From a great height
From a great height... height...
Rain down, rain down
Come on rain down on me
From a great height
From a great height... height...
Rain down, rain down
Come on rain down on me

That's it, sir
You're leaving
The crackle of pigskin
The dust and the screaming
The yuppies networking
The panic, the vomit
The panic, the vomit
God loves his children, God loves his children, yeah!

 

(Greenwood, Greenwood, O'Brien, Selway, Yorke, OK Computer, 1997, Capitol)

 

Radiohead sur scène :

 

 

Paranoid Android par Brad Meldhau :

 

Par Boris Ryczek - Communauté : Musiques
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Mardi 7 décembre 2010 2 07 /12 /Déc /2010 20:25

peggy-lee-is-that.jpg Comme Both Sides Now, dont je vous parlais hier, Is That All There Is ? est un standard discret sur le thème de la désillusion, écrit par le tandem Jerry Leiber et Mike Stoller. Il en existe de nombreuses versions, mais la plus célèbre est incontestablement celle de Peggy Lee. Lorsqu'elle l'enregistre, en 1969, la chanteuse n'est plus toute jeune. Elle joue finement de son âge, avec une diction évoquant tour à tour la femme mûre qu'elle est et la candeur de la jeune fille qu'elle fut.

 

Loin du rock'n roll qui fit la célébrité de Leiber et Stoller (Hound Dog, Jailhouse Rock, Kansas City...) l'univers musical du morceau tient plus du récitatif de comédie musicale que de la chanson à proprement parler. Seul le refrain est chanté, mais les violons et les cuivres ne cessent de commenter la narration, évoquant par exemple l'univers du cirque lorsqu'il en est question dans les paroles. Plus sombre dans son inspiration, le tandem fait cependant toujours preuve du même esprit qui habitait sespremiers hits, surprenant toujours l'auditeur dans ses attentes et semblant réagir aux vicissitudes de la vie avec un haussement d'épaules ironique. Le thème de l'incendie ou celui du suicide, évacué dans une chute réduisant à néant tout pathos, sont à ce titre exemplaires.

 

Particulièrement adaptée au cinéma, Is That All There Is ? a notamment été utilisée par Martin Scorsese dans After Hours, qui est sans doute mon film préféré. Après une nuit en tous points apocalyptique, le héros y danse un slow avec une femme mystérieuse, dans un squat improbable de Soho, en écoutant cette chanson, qui semble d'un seul coup résumer obscurément l'ensemble du film. Dans le Basquiat de Julian Schnabel, que je n'ai pas vu, on peut apparemment l'entendre par PJ Harvey, qui en a enregistré une bonne reprise dans les années 90, accompagnée de son complice John Parish.

 

Les paroles :

 

I remember when I was a very little girl, our house caught on fire.
I'll never forget the look on my father's face as he gathered me up
in his arms and raced through the burning building out to the pavement.
I stood there shivering in my pajamas and watched the whole world go up in flames.
And when it was all over I said to myself, "Is that all there is to a fire?"

Is that all there is, is that all there is
If that's all there is my friends, then let's keep dancing
Let's break out the booze and have a ball
If that's all there is

And when I was 12 years old, my father took me to the circus, the greatest show on earth.
There were clowns and elephants and dancing bears
And a beautiful lady in pink tights flew high above our heads.
And as I sat there watching the marvelous spectacle
I had the feeling that something was missing.
I don't know what, but when it was over,
I said to myself, "Is that all there is to a circus?"

Is that all there is, is that all there is
If that's all there is my friends, then let's keep dancing
Let's break out the booze and have a ball
If that's all there is

Then I fell in love, with the most wonderful boy in the world.
We would take long walks by the river or just sit for hours gazing into each other's eyes.
We were so very much in love.
Then one day, he went away. And I thought I'd die -- but I didn't.
And when I didn't I said to myself, "Is that all there is to love?"

Is that all there is, is that all there is
If that's all there is my friends, then let's keep dancing

I know what you must be saying to yourselves.
If that's the way she feels about it why doesn't she just end it all?
Oh, no. Not me. I'm in no hurry for that final disappointment.
For I know just as well as I'm standing here talking to you,
when that final moment comes and I'm breathing my lst breath, I'll be saying to myself,

Is that all there is, is that all there is
If that's all there is my friends, then let's keep dancing
Let's break out the booze and have a ball
If that's all there is

 

(Leiber, Stoller, 45. t, 1969, Capitol)

 

La version originale :

 

 

Par PJ Harvey :

 

Par Boris Ryczek - Communauté : Musiques
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Lundi 6 décembre 2010 1 06 /12 /Déc /2010 17:05

judy-collins-both-sides-now.jpg Both Sides Now est une de ces grandes chansons américaines qui n'ont jamais été vraiment reconnues à leur juste valeur en France. Ecrite par une Joni Mitchell qui n'avait pas encore fêté son vingt-cinquième anniversaire, elle frappe par sa déconcertante maturité, où la sagesse s'apparente à une forme de modestie.

 

Il y est question de désillusions... Mais les images du texte et le thème du "souvenir de l'illusion", si fortement souligné dans le refrain, ouvrent en réalité sa lecture. Et le morceau devient, à chaque écoute et à chaque âge, une chambre d'échos subtilement différente, qui convient même aux moments de tranquilité, voire de bonheur.

 

Joni Mitchell en a livré beaucoup de très bonnes versions, folk et jazzy. Mais la meilleure reste, à mon avis, celle de Judy Collins, qui popularisa le morceau en 1967. Il y a du clavecin, des violons... C'est très pop, mais avec une forme de mélancolie solaire finalement assez rare, joliment mise en relief par la voix pure de Judy Blue Eyes.

 

Les paroles :

 

Bows and flows of angel hair and ice cream castles in the air
And feather canyons everywhere, I've looked at clouds that way.
But now they only block the sun, they rain and snow on everyone.
So many things i would have done but clouds got in my way.

I've looked at clouds from both sides now,
From up and down, and still somehow
It's cloud illusions I recall.
I really don't know clouds at all.

Moons and junes and ferris wheels, the dizzy dancing way you feel
As every fairy tale comes real; I've looked at love that way.
But now it's just another show. you leave 'em laughing when you go
And if you care, don't let them know, don't give yourself away.

I've looked at love from both sides now,
From give and take, and still somehow
It's love's illusions I recall.
I really don't know love at all.

Tears and fears and feeling proud to say "I love you" right out loud,
Dreams and schemes and circus crowds, I've looked at life that way.
But now old friends are acting strange, they shake their heads and say I've changed.
Something's lost but something's gained in living every day.

I've looked at life from both sides now,
From win and lose, and still somehow
It's life's illusions I recall.
I really don't know life at all.

 

(Mitchell, Wildflowers, 1967, Elektra)

 

La version de Judy Collins :

 

 

Joni Mitchell au Johnny Cash show :

 

 

Par Davy Graham :

 

Par Boris Ryczek - Communauté : Musiques
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Dimanche 5 décembre 2010 7 05 /12 /Déc /2010 09:51

kanye-west-808.jpg J'ai écouté le dernier Kanye West : My Beautiful Dark Twisted Symphony. C'est bien : du bon rap, avec un son énorme, comprenant quelques samples bien sentis (on y retrouve 21st Century Schizoid Man, de King Crimson, dont je vous parlais il n'y a pas longtemps). Je préfère toutefois son album précédent, 808s And Heartbreak. Armé d'une batterie de gadgets électroniques, West y revisite une bonne partie de l'histoire de la soul, donnant naissance à des objets musicaux mutants qui manquent parfois de profondeur mais jamais d'imagination.

 

Robocop convoque ainsi des beats robotiques, à la limite de la musique industrielle, sur une trame mélodique directement inspirée de la Motown des années 60, avec violons, choeurs, et taux garanti en glucides. Un hommage d'autant plus savoureux que les paroles - portrait à charge d'une ex-girlfriend visiblement envahissante - prennent quelques kilomètres de distance avec les refrains faussement naïfs des Supremes ou des Four Tops. Le conte de fées devient roman d'horreur, s'offrant quelques références à l'univers de Stephen King. Bref, le rappeur s'amuse. 

 

Sur le même album, il y a aussi des choses plus mélancoliques, en particulier Street Lights, cette ballade de pop bruitiste dont je vous aurais bien parlé un jour... Mais 1001 chansons, cela laisse finalement peu de place, étant donné le nombre d'artistes que j'ai envie de mentionner. Je préfère donc vous mettre un lien vers les deux chansons dès aujourd'hui. A vous de voir quel Kanye West vous préférez.

 

Les paroles :

 

About the baddest girl I ever seen
Straight up outta movie scene
Who knew she was a drama queen
That'll turn my life to Steven King's
Up late night like she's on patrol
Checking everything like I'm on parole
I told her there's some things she don't need to know
She never let it go (ooo ohh)

Ok ok ok ok, you will never stop it now
You'll never stop it now
Ok ok ok, you will never stop it now
You need to drop it now (drop it drop it)

Cause I don't want no robocop
You're moving like a robocop
When did you become a robocop
No I don't need no robocop

Just lookin at your history
You're like the girl from Misery
She said she ain't take it to this degree
Well let's agree to disagree (ha)
Shorty kinda crazy but it turn me on
Keep it up enough to keep it goin' on
I told her there's some things she don't need to know
She never let it go (oo ohh)

Ok ok ok ok, you will never stop it now
You'll never stop it now
Ok ok ok, you will never stop it now
You need to drop it now (drop it drop it)

Cause I don't want no robocop
You moving like a robocop
When did you become a robocop
Somebody please make her stop

Stop... drop... whoa
Pop... this I'm cold?... oop?
Ain't used to being told "stop"
So I could never be your robot
Fast or slow,
You could stay or could go
Now that you know, now that you know
Yeah I had her before,
But that happened before,
You get mad at me though
So just don't ask me no more

Ok, ok, ok (uh uh)
It ain't ok, ok, okayayay (uh)

You spoiled little L.A. girl
You're just an L.A. girl
You spoiled little L.A. girl
You're just an L.A. girl
You spoiled little L.A. girl
You're just an L.A. girl (you need to stop it now)
You spoiled little L.A. girl
You're just an L.A. girl (you need to stop it now)

Oh you kidding me,
You must be joking,
Or you are smoking
Oh, oh, you kidding me,
Oh you kidding me, ha ha, that was a good one,
Your first good one in a while
Your first good on in a while
You need to stop it now,
You need to stop it now,
Ooh you need to stop it now

 

(Bhasker, Doyle, Englishman, Jenkins, Jones, Mescudi, Mills, Najm, West, Williams808s And Heartbreak, 2008, Roc-A-Fella)

 

La version originale de Robocop :

 

 

Le clip de Street Lights :

 

Par Boris Ryczek - Communauté : Musiques
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Mercredi 1 décembre 2010 3 01 /12 /Déc /2010 21:09

the-choir-its-cold-outside Un morceau de saison ! It's Cold Outside figure  sur les coffrets Nuggets, auxquels j'ai déjà fait allusion sur ce blog. Cette abondante rétrospective, initiée par Lenny Kaye (le guitariste de Patti Smith) au début des années 70, puis poursuivie par une équipe d'érudits du label Rhino dans les années 2000, est une véritable mine de pépites garage des années 60, de préférence enregistrées par des groupes minuscules sur des 45 tours confidentiels.

 

The Choir est un cas assez typique. Le livret de Nuggets nous donne, comme à chaque fois, quelques informations à leur sujet. Originaires de Cleveland et d'abord baptisés "The Mods", ces anglophiles changent de nom en 1966 pour une sombre affaire d'homonymie. C'est en décembre de la même année qu'ils sortent un single avec It's Cold Outside en face B, obtenant un gros succès local et un petit succès national. Ce sera le seul de leur courte carrière.

 

Sur la chanson en elle-même, il n'y a pas grand chose à dire de plus. Les accords sont basiques, les paroles minimalistes, et pourtant ça marche. C'est intense, et d'autant plus efficace que ça n'y va pas par quatre chemins. Cette pop s'assume dans toute sa simplicité. Contre toute attente, It's Cold Outside sera repris en pleine vague punk par Stiv Bators, ancien chanteur des Dead Boys et futur membre des Lords Of The New Church. Elle n'obtiendra pas beaucoup plus de succès dans cette version...

 

Les paroles :

 

Well my world used to be sunny
And jokes used to be funny
But now you're gone
And everything's turned around

Well my world used to be warm
And there never was a storm
But now you're gone and
Everything's turned upside down

And now it's cold outside
And the rain is pouring down
And the leaves are turning brown
Can't you see


That now it's cold outside
And it's all because of you
Cause there's nothing i can do
To make you love me

 

(Klawon, 45 t., 1966, Roulette)

 

La version de The Choir :

 

 

Celle de Stiv Bators :

 

Par Boris Ryczek - Communauté : Musiques
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