Recherche

1001 chansons en RSS

  • Flux RSS des articles

Recommander

Mardi 30 novembre 2010 2 30 /11 /Nov /2010 15:18

pixies-doolittle.jpg Je ne suis probablement pas le premier à rapprocher ces deux groupes, qui n'appartiennent ni tout à la fait à la même génération, ni au même courant. Formé en 1975, Pere Ubu est généralement considéré comme une des meilleures illustrations de la vague post-punk. Apparus une décennie plus tard, les Pixies ont fini par être reconnus par tout le monde comme l'un des groupes les plus importants des eighties, par leur sauvagerie et leur sens mélodique, préfigurateurs du grunge.

 

Le rapport qui les unit néanmoins m'a sauté à la figure quand j'ai découvert Pere Ubu sur scène, il y a deux ans. Non seulement le chanteur, David Thomas, avait le même genre de voix de canard que Franck Black, mais le groupe entier semblait habité par le même genre d'énergie que les Pixies, davantage héritière, au fond, des sonorités surf, garage ou psychédéliques des années 60 que du punk de 1977, tel qu'on le délimite habituellement.

 

pere-ubu-cloudland.jpg J'ai donc rapidement mis la main sur Cloudland, l'album le plus connu et le plus pop de Pere Ubu : la ressemblance était encore plus flagrante ! Thomas écrivait le même genre de textes que Black, ramassés sur eux-mêmes, avec quelques images au service d'une idée-force. Wave Of Mutilation et Bus Called Happiness portent ainsi des discours similaires, où la fuite en avant apparaît comme la réponse provocante et bravache à un sentiment d'inadaptation sociale. Ils ont aussi, l'un comme l'autre, des riffs de guitare et des refrains ravageurs, esquissant une pop paillarde, à la bizarrerie dérangeante, mais écrite dans les règles de l'art...

 

Bien sûr, il ne faut pas minimiser les différences entre les deux groupes. La plupart des disques de Pere Ubu sont certainement plus expérimentaux, et moins faciles, que les quatre albums des Pixies. Les ondes Theremin, abondamment utilisées par les premiers, sont totalement ignorées par les seconds. Chez Pere Ubu, il n'y a pas Kim Deal à la basse... Il n'empêche que l'esprit général du bazar, comme dirait Arno, me semble assez cousin.

 

 

Les paroles de Wave Of Mutilation :

 

Cease to resist, giving my goodbye
Drive my car into the ocean
You'll think i'm dead, but i sail away
On a wave of mutilation
A wave
Wave

I've kissed mermaids, rode the El Niño
Walked the sand with the crustaceans
Could find my way to mariana
On a wave of mutilation,
Wave of mutilation
Wave of mutilation
Wave

 

(Francis, Doolittle, 1989, 4AD)

 

Celles de Bus Called Happiness :

 

One day I'll say I woke up to find a heap of a mess
Running for the bus I cry, Hold that bus called Happiness 
Why am I so slow? If I only knew 
Say it isn't so
I wondered what I'd want without you

Through the back window I thought I saw the color of her dress.
Which way does it go?
Hmm buddy, that's the bus called Happiness
Why am I so slow? If I only knew
Say it isn't so
I wondered what I'd want without you

One day I'll say I woke up to find a heap of a mess.
Running for the bus I cry, Hold that bus called Happiness
Say it
Why am I so slow? If I only knew
Say it isn't so
I wondered what I'd want without you
Why am I so slow? If I only knew
Say it isn't so
I wondered what I'd want without you 

 

(Cutler, Jones, Krauss, Maimone, Ravenstine, Thomas, Cloudland, 1989, Fontana)

 

 

Les versions originales :

 

 

 

Les Pixies en concert :

 

Par Boris Ryczek - Communauté : Musiques
Voir les 0 commentaires - Ecrire un commentaire
Dimanche 28 novembre 2010 7 28 /11 /Nov /2010 12:47

belle-sebastian-tigermilk.jpg Stuart Murdoch creuse inlassablement les mêmes thèmes depuis plus de dix ans : les amours adolescentes, la religion, la pop culture... Et le charme durable de ses short stories douces amères, combiné aux arrangements intemporels du groupe font de chaque album de Belle And Sebastian une retrouvaille avec un univers familier. Je l'avais déjà écrit à propos de The Life Pursuit, dans une chronique publiée sur pop-rock.com. Cela reste vrai pour Write About Love, leur nouvel opus. Le groupe reste en tout point égal à lui-même, et il faut un peu de temps et de recul pour en apprécier les subtiles évolutions...

 

Dans une discographie à la stabilité aussi remarquable, les premiers albums jouent évidemment un rôle essentiel, posant la base de toute leur carrière. The State That I Am In, qui ouvrait leur premier album (Tigermilk) et figurait sur leur premier EP  (Dog On Wheels) peut être considéré comme la base de cette base, un programme dont le groupe n'a guère dérogé depuis. Dans cette histoire de frère homosexuel, de mariage avec une enfant et de prêtre écrivaillon, le narrateur, hésitant entre péché et providence, est déjà confronté à tout les problèmes existentiels compliqués qui deviendront la spécialité du chanteur.

 

Ce coup d'essai est déjà un coup de maître, tant par l'ironie empathique avec laquelle les personnages sont dépeints que par la qualité mélodique du morceau, dont le tempo évolue lentement, ménageant une entrée significative à chaque instrument et retardant un refrain d'autant plus percutant que son arrivée est tardive. Classique du groupe sur scène, il est judicieusement utilisé dans la BO de Storytelling, l'une de ces comédies de Todd Solondz dont l'extrème férocité recouvre, au fond, une profonde mansuétude à l'égard de l'humanité.

 

Les paroles :

 

I was surprised, I was happy for a day in 1975
I was puzzled by a dream, it stayed with me all day in 1995
My brother had confessed he was gay
It took the heat off me for a while
He stood up with a sailor friend
Made it known upon my sisters wedding day

I got married in a rush to save a kid from being deported
Now she's in love
I was so touched, I was moved to kick the crutches
From my crippled friend
She was not impressed cause I cured her on the Sabbath
I went to confess
When she saw the funny side, we introduced my child bride
To whisky and gin
To whisky and gin

The priest in the booth had a photographic memory
For all he had heard
And he took all of my sins and he wrote a pocket novel called
"The State I Am In"

And so I gave myself to God
There was a pregnant pause before he said ok
Now I spend my day turning tables round In Marks & Spencer's
They don't seem to mind

I gave myself to sin
I gave myself to Providence
And I've been there and back again
The state that I am in

I gave myself to sin
I gave myself to Providence
And I've been there and back again
The state that I am in

Oh love of mine, would you condescend to help me
Cause I'm stupid and blind
Oh and desperation is the Devil's work, it is the folly of a boy's empty mind
Now I'm feeling dangerous, riding on city buses for a hobby is sad
Why don't you lead me to a living end
I promised that I'd entertain my crippled friend
My crippled friend

I gave myself to sin
I gave myself to Providence
And I've been there and back again
The state that I am in

I gave myself to sin
I gave myself to Providence
And I've been there and back again
The state that I am in

I gave myself to sin
I gave myself to Providence
And I've been there and back again
The state that I am in

I gave myself to sin
I gave myself to Providence
And I've been there and back again
The state that I am in

I gave myself to sin
And I've been there and back again
Oh yeah

(Colburn, Geddes, Jackson, Murdoch, Campbell, Cooke, Tigermilk, 1995, Matador)

 

Belle And Sebastian sur scène et en studio :

 

Par Boris Ryczek - Communauté : Musiques
Voir les 0 commentaires - Ecrire un commentaire
Jeudi 25 novembre 2010 4 25 /11 /Nov /2010 12:58

denez-prigent-ar-gouriz-koar.jpg La musique qualifiée de "celtique", que j'ai beaucoup écoutée autrefois, est souvent, il faut bien le dire, peu satisfaisante. On a en gros le choix entre des produits frelatés - groupes régionalistes aux discours convenus ou chanteuses "à voix" coulant inlassablement les mêmes Titanic sur des airs de flûte irlandaise - et des enregistrements passionnants d'un point de vue musicologique, mais d'un confort d'écoute un peu rustique : les Frères Morvan, les Soeurs Goadec, le Bagad Kemper, celui de Lenn Bihoué, etc.

 

Denez Prigent est l'un des seuls chanteurs bretons à avoir su éviter, avec une relative constance, l'un et l'autre de ces écueils. Il est notamment célèbre pour ses disques électroniques, comme Me 'zalc'h enonn ur fullen aour, qui furent assez novateurs en leur temps et conservent aujourd'hui un certain charme : une bizarrerie de geste initial, plus tout à fait dans l'air du temps, mais gagnant de ce fait une dimension déroutante supplémentaire.

 

J'ai toutefois une préférence pour son premier album sorti en CD : Ar Gouriz Koar. Essentiellement a cappella, avec quelques interventions ponctuelles d'un violon ou, ici, d'un comparse tapant du pied, il illustre avec éloquence la maîtrise vocale de Prigent. Ce dernier reprend à son compte deux formes traditionnelles de la musique bretonne : la gwerz, complainte aux paroles volontiers fantastiques, et le kan ha diskan, chant populaire et entraînant, généralement construit sous forme de questions/réponses, devenant en solo l'occasion de diatribes verbales à grande vitesse.

 

Dans démarre comme une gwerz puis évolue rapidement en un kan ha diskan dont la tchatche virtuose ne va pas sans rappeler celle des raggamen et rappeurs, à qui Prigent rend visiblement hommage. J'écris "visiblement" car, bien qu'ayant trouvé les paroles de la chanson sur le net, et constaté qu'elles contenaient le mot "rap", je ne parle malheureusement pas plus le breton que le portugais...

 

Les paroles :

 

« — Na ma ’z an me d’ar c’hoñje
’vel ma ’z on oblijet
P’lec’h e lakin ma dousig
Marivon da viret ?

— Roit din ’ta o ! ma breur kaer,
roit din ’ta ho karet
Me a lako ’nezhi ’barzh ur
gambr gant ma dimezeled

Roit ’nezhi din ’ta ma breur kaer
ha bezit dianken
Hi ’dremeno e amzer e kreizker
da bourmen ! »

’Oa ket aet pell an den yaouank,
’oa ket aet pell deus an ti
’Oa bet laket e dousig koan
da dorchañ al listri

’Oa bet kaset plac’h ar maner
da blantañ patatez
Ha da ziwall war-dro ar saout
penn uhelañ ar menez

E pad ar seiz vloaz kentañ
ar verjelenn a oele
Pa oa kroget gant an eizvet
ar verjelenn a gane

Pa oa un denjentil yaouank
’tistreiñ deus an arme
’Klevas mouezh ur verjelenn
o kanañ "Rap" er mene

« — Amsavit ’ta berjelenn, amsavit
gant gwirione
Moarvat ’mañ drebet o lein
’vit kanañ kement-se

— Bruzhun bara diwar an daol
’vez roet din da greisteiz
Ma soubenn ’barzh sailh
ar marc’h a vez trempet din bemdez

Ma soubenn ’barzh sailh
ar marc’h a vez trempet din bemdez
Er maez ’kouskan en noz dindan ar glav alies

— Dastumit ’ta berjelenn,
Dastumit ho loened
Deomp da wel’t ma breur
diouzhtu da lakaat ’nezhañ souezhet ! »

 

(Prigent, Ar Gouriz Koar, 1993, Barclay)

 

La version originale :

 

Par Boris Ryczek - Communauté : Musiques
Voir les 2 commentaires - Ecrire un commentaire
Mercredi 24 novembre 2010 3 24 /11 /Nov /2010 15:23

thelonious-monk-underground.jpg In Walked Bud est l'un des rares morceaux de Thelonious Monk enregistrés avec un chanteur. En l'occurence, il s'agit de John Hendricks, qui eut l'idée de donner des paroles à ce thème typique du pianiste, avec ses paires d'accords enchaînées par à-coups, s'alliant à de surprenants déroulés mélodiques... et son swing inébranlable, malgré les ruptures rythmiques.

 

Sorti en 1968, sur l'un des derniers albums du maître, le célèbre Underground, ce morceau n'était pas forcément à la pointe de l'avant-garde. Alors que le free-jazz défrayait la chronique depuis le début de la décennie, il rend hommage à la génération précédente des boppers, notamment à Bud Powell. Le texte de Hendricks nous montre en effet un orchestre de jazz qui peine à trouver l'inspiration, dans lequel on reconnaît Monk, Dizzie Gillespie et un mystérieux O.P. qui est peut-être un lointain cousin d'Oscar Peterson, reconverti dans le saxophone. Soudain Bud, ou plutôt son esprit, entre dans la pièce, et il se passe enfin quelque chose.

 

En termes choisis, claquant à l'unisson avec le piano ("Taking that note nobody wrote/Putting it down"), Hendricks parvient à son tour à restituer quelque chose de ce "quelque chose", livrant au passage un grand moment de scat qui ne contribue pas peu à l'énergie globale. Bien que marquant la fin d'une époque - Monk ne se produira quasiment plus désormais qu'en solo - ce titre parvient ainsi à en exprimer la quintessence, avec une subtilité malicieuse et un plaisir communicatif.

 

Les paroles :

 

Dizzie, he was screaming
Next to O.P. who was beaming
Monk was thumping
Suddenly in walked Bud and then they got into somethin'

Oscar played a mean sax
Mr. Byers blew a mean axe
Monk was thumping
Suddenly in walked Bud
And then the joint started jumping

Every hip stud really dug Bud
Soon as he hit town
Takin’ that note nobody wrote
Putting it down

Dizzie he was screaming
Next to O. P. who was beaming
Monk was thumping
Suddenly in walked Bud
And then they got into something

 

(Hendricks, Monk, Underground, 1968, Columbia)

 

La version originale :

 

Par Boris Ryczek - Communauté : Musiques
Voir les 0 commentaires - Ecrire un commentaire
Mardi 23 novembre 2010 2 23 /11 /Nov /2010 11:37

brigittefontaineprohibition.jpg Radio France nous donne en ce moment l'insigne honneur d'élire la "personnalité culturelle de l'année", à sélectionner au sein d'une brochette consensuelle de nominés, invariablement blancs, mâles, riches et célèbres. L'institution ne se donne plus la peine de mettre en scèhe ce qu'on a appelé un temps la "diversité", expression plus qu'agaçante, constatant par elle-même l'échec démocratique, mais donnant au moins l'impression d'un début d'usage du pluriel. Au lieu de cela, nous avons le choix, pour résumer l'année 2010, entre un architecte officiel, un styliste officiel, un écrivain redevenu officiel (après avoir été honni)... Pâle alignement de figures presque interchangeables, illustrant un discours culturel de plus en plus réduit à son simple appareil. 

 

Mascarade pour mascarade, les critiques du site Portraits, dédié aux jeunes artistes plasticiens, ont décidé d'élire la personnalité culturELLE de l'année, en forme de pied de nez féministe à cette unicité. Il est possible de participer au jeu grâce à un groupe facebook créé à cet effet. Personnellement, j'ai voté pour la rappeuse Casey, dont le dernier album, d'une réjouissante agressivité, est paru cette année.

 

Mais si elle avait fait quelque chose de marquant en 2010, j'aurais sans hésiter choisi Brigitte Fontaine pour saluer, comme il se doit, une personnalité et une carrière entièrement consacrées à emmerder lesdites institutions médiatiques, avec ses refus des discours prémâchés, des musiques formatées et des attitudes polies. Dans Prohibition, sorti une toute petite année trop tôt, elle s'en prend à une autre forme d'uniformité, en se posant en anti-modèle absolu de la citoyenneté au teint frais que l'on prône aujourd'hui, au ministère de la Santé comme dans certains milieux de la gauche bien-pensante. Je vous laisserai en apprécier la verdeur sans plus de commentaires... 

 

Les paroles :

 

J'exhibai ma carte senior
Sous les yeux goguenards des porcs
Qui partirent d'un rire obscène
Vers ma silhouette de sirène

Je suis vieille et je vous encule
Avec mon look de libellule
Je suis vieille et je vais crever
Un petit détail oublié

Passez votre chemin, bâtards
Et filez vite au wagon-bar
Je fumerai ma cigarette
Tranquillement dans les toilettes

Partout, c'est la prohibition
Alcool à la télévision
Papiers, clopes, manque de fric
Et vieillir dans les lieux publics

Partout, c'est la prohibition
Parole, écrit, fornication
Foutre interdit à soixante ans
Ou scandale et ricanements

Je suis vieille et je vous encule
Avec mon look de libellule
Je suis vieille et je vais crever
Un petit détail oublié

Les malades sont prohibés
On les jette dans les fossés
À moins qu'ils n'apportent du blé
De la thune aux plus fortunés

Les vieux sont jetés aux orties
À l'asile, aux châteaux d'oubli
Voici ce qui m'attend demain
Si jamais je perds mon chemin

J'ai d'autres projets, vous voyez
Je vais baiser, boire et fumer
Je vais m'inventer d'autres cieux
Toujours plus vastes et précieux

Je suis vieille et je vous encule
Avec mon look de libellule
Je suis vieille, sans foi ni loi
Si je meurs, ce sera de joie

 

(Fontaine, Belkacem, Prohibition, 2009, Polydor)

 

La version originale :

Par Boris Ryczek - Communauté : Musiques
Voir les 0 commentaires - Ecrire un commentaire
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés